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Pourquoi nos formations ne sont pas éligibles au CPF (Compte Personnel de Formation)?

 

Parce que chercher à les rendre éligibles serait un désaveu complet de notre pédagogie.

Et même si, à titre individuel pour vous, nous en sommes désolé·es…

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Depuis la loi de 2018 « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » une formation n’est éligible au CPF que si elle est certifiante, c’est-à-dire qu’elle doit être validée par France compétences pour être inscrite au répertoire spécifique national. 

La rédaction de cette demande est un travail très lourd et coûteux. Nous nous y sommes penchés et l’avons bien sûr envisagée.  Mais il nous est apparu comme complètement inadapté, dans les enjeux qu’il défend et dans sa forme, avec ce que nous défendons.

 

1/ Une langue de bois incompatible avec notre pédagogie basée sur un projet de société, des valeurs et une éthique professionnelle

 

France Compétences : « Cette démarche est ainsi l’occasion, pour les organismes demandeurs, d’interroger les finalités et modalités de leurs dispositifs et de répondre aux enjeux de lisibilité et de mobilisation de la certification »

 

Académie des projets de vie : Nous interrogeons depuis 30 ans, sur le terrain, le sens de l’acte d’éduquer et d’accompagner dans cette société et pour quel projet de société.

Notre objectif est de mettre notre expérience et la théorisation de notre travail au service des jeunes, des adultes et des professionnels. Nous pensons que l’acte d’éduquer ne se pense pas en termes de finalités. Nous pensons qu’éduquer, c’est donner les clés du monde à nos enfants pour qu’ils y prennent leur place de la manière la plus libre possible. Et pour cela nous plaçons nos enjeux dans une vision politique du monde : un monde qui ne cherche pas à normaliser la relation éducative, qui offre à tous les possibilités de trouver sa place dans un collectif porteur de sens, c’est-à-dire débarrassé de toutes les injonctions subies : « réussite », « bonheur », « excellence », « mérite », « normes »… 

 

2/ La notion de compétences attendues, quand notre pédagogie défend les savoirs faire, le temps et la virtuosité de nos métiers. 

La notion de « compétences attendues », telles qu’elles sont définies dans le référentiel exigé, est pour nous très réductrice. Nous lui préférons la notion de savoir-faire. Celle-ci porte une logique de "potentiel", de progression, nous revendiquons le fait d’apprendre toute sa vie aux côtés de gens plus qualifiés, plus expérimentés. Cela nous inscrit dans le tissu social, alors que la compétence porte une finalité, on l'acquiert et point. Reste à en acquérir une autre. Puis une autre. Ainsi on ne progresse plus, on capitalise. Et la compétence porte de fait l'individualisme de ce système, puisqu'on a les ressources en nous, on n'a plus de pairs, plus de modèle, plus de maîtres (qui étaient souvent plus des figures que des personnes. Chez les horlogers par exemple il y avait la figure de l'horloger complet à atteindre, c'est impossible, ça n'a même semble-t-il jamais existé, personne n'est capable de savoir tout faire dans une montre, mais c'était un idéal.) Désormais on a la responsabilité de faire émerger et de capitaliser ces compétences, on ne dépend de personne.

 

Nous croyons qu’un savoir-faire est un processus, une alchimie qui se construit dans le TEMPS entre l’histoire du stagiaire, ses connaissances, ses expériences personnelles et professionnelles ainsi que son cadre de travail. Cela n’est pas évaluable au bout de 2, 6 ou même 12 jours de formation !

Nous avons une très haute opinion de nos métiers. Nous pensons qu’éduquer est un art, une partition de musique que l’on joue avec son corps, ses émotions dans un environnement vivant.

En rentrant dans sa classe, une institutrice SAIT (par ce qu’elle sent les enfants, parce qu’elle les voit, parce qu’elle les entend) ce qu’elle va devoir mobiliser dans les premières heures de la journée pour les mettre en sécurité et pour susciter l’envie d’apprendre. C’est ça la virtuosité d’un métier et cela ne se nomme pas ni ne s’évalue de manière neutre et objective. Inutile de préciser que cela ne s’apprend pas non plus en « distanciel ».

 

3/ L’évaluation permanente, quand notre pédagogie revendique l’expérimentation, l’essai-erreur, le droit à l’immobilisme et à l’opposition comme bases essentielles tant de l’affirmation d’une posture professionnelle que dans la liberté offerte aux personnes accompagnées.

 

Pour conclure, l’ensemble des normes attendues par France compétences relève d’un processus d’acculturation, c’est-à-dire d’une disparition progressive de notre culture pédagogique, de notre histoire (celle de l’éducation nouvelle et de pédagogues comme Freinet), de nos méthodes (pédagogie de projets, pédagogie active et inversée). 

Ne pas certifier notre formation est une nécessité culturelle : pour ne pas perdre ce qui fait nos métiers, et un enjeu politique : pour éduquer en dehors des injonctions d’un système économique à bout de souffle, créateur d’inégalités et d’exclusions.